3. Les effets de la consommation à long terme
La consommation chronique d'alcool peut avoir des répercussions dans toutes les parties de l'appareil digestif, allant de l'œsophage jusqu'au rectum en passant par l'intestin grêle. Il dégrade différents organes, notamment le foie, qui est le plus menacé puisqu'il est chargé d'éliminer l'alcool du corps. Le cerveau est aussi touché, provoquant des maladies du système nerveux et des troubles du comportement.
- LE FOIE
Après plusieurs années de consommation d'alcool, le foie peut être endommagé et être atteint de différentes maladies. Trois maladies réapparaissent souvent : l'hépatite alcoolique, la stéatose et la cirrhose.
L'hépatite alcoolique aigüe est une atteinte sévère du foie qui entraîne la destruction des cellules hépatiques. Dans la plupart des cas, elle peut être traitée suite à l'arrêt de la consommation d'alcool et à la prise de médicaments.
Une des premières conséquences de la consommation régulière d'alcool est la stéatose hépatique. Elle se manifeste par un dépôt de graisse à l'intérieur des cellules hépatiques : cela est dû à l'acétyl-CoA (issu de la métabolisation de l'éthanol) qui facilite la synthèse des acides gras. L'arrêt de la consommation, un régime et une activité physique permettent de traiter la stéatose.

Si la consommation d'alcool est d'autant plus fréquente, une inflammation peut apparaître et une nécrose des cellules du foie. Ce processus aboutit à la formation excessive d'un tissu cicatriciel appelé fibrose.
En s'aggravant, la fibrose remplace totalement le tissu hépatique et modifie ainsi le fonctionnement du foie : elle conduit à la cirrhose (le foie devient dur, augmente de volume, et a un aspect pierreux et granuleux). Les cellules détruites et remplacées par la fibrose empêchent le foie de fonctionner, elles sont donc présentes mais inutiles. La cirrhose est une maladie irréversible, le seul traitement efficace est la transplantation hépatique (greffe de foie).

La cirrhose peut conduire à un cancer du foie et à une ascite, mais augmente aussi les risques d'hémorragie digestives.
L'ascite est une accumulation anormale de liquide dans l'enveloppe de l'abdomen. Cette accumulation est due à la cirrhose, dans près de 80% des cas. L'ascite est indolore et n'est diagnostiquée que lorsque l'on observe une augmentation du volume de l'abdomen, une prise de poids et une lourdeur abdominale dues à l'accumulation de liquide.


- LES AUTRES ORGANES ET PARTIES DU CORPS
Le risque de cancer de l'œsophage augmente d'autant plus que la quantité et le degré d'alcool sont élevés. La consommation d'alcool peut également entraîner un cancer colorectal, du larynx ou du sein.
L'alcool peut aussi être responsable de la pancréatite aiguë, qui est une inflammation du pancréas se manifestant par une "auto-digestion" de la glande par ses propres enzymes. Elle s'accompagne de fortes nausées et d'une douleur dans l'abdomen supérieur ou dans le dos. Les cas les plus graves peuvent entraîner une infection, une hémorragie ou une nécrose du pancréas.
La pancréatite chronique est une maladie principalement causée par l'alcool (dans 80 à 90% des cas). C'est une inflammation chronique du pancréas qui apparaît après une consommation prolongée. Elle se caractérise par une fibrose du tissu pancréatique pouvant aboutir à des calcifications (dépôts calcaires). Si la consommation d'alcool persiste, la maladie peut évoluer en cancer du pancréas.

- LE SYSTÈME CARDIO-VASCULAIRE
Une consommation excessive d'alcool peut conduire à de l'hypertension, ce qui augmente le risque d'un infarctus et d'arythmie cardiaque (battements irréguliers du cœur, soit moins de 60 ou plus de 100 par minute) à cause des effets toxiques de l'alcool sur le cœur.
Un infarctus a lieu lorsqu'un caillot sanguin (masse semi-solide et visqueuse composée de cellules sanguines) bloque la circulation du sang dans une artère ou un vaisseau sanguin. Le flux sanguin interrompu peut endommager ou détruire une partie du muscle cardiaque.
L'hypertension artérielle est une maladie asymptomatique qui, non traitée, induit progressivement des lésions irréversibles dans le système circulatoire et les tissus (cerveau, cœur, reins). À des doses moindres (jusqu'à 2 verres par jour) l'alcool induit au contraire une baisse de la tension par dilatation des vaisseaux.
- LA GROSSESSE ET LA FERTILITÉ
Il est possible qu'une consommation régulière d'alcool, même modérée, puisse nuire à la quantité des spermatozoïdes et à leur qualité. Elle pourrait aussi augmenter le risque d'infertilité chez les femmes.
Pour les femmes enceintes, les risques pour l'enfant
liés à la consommation d'alcool sont nombreux : l'enfant pourra avoir un
retard intellectuel ou des troubles du comportement.
Le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) est l'effet le plus grave de la consommation d'alcool pendant la grossesse. Il se manifeste par un retard de croissance, des anomalies faciales et des malformations. Ce syndrome concerne près d'une naissance pour 1 000 et est la première cause de handicap mental non génétique à la naissance. La recommandation actuelle est de ne consommer aucun verre d'alcool pendant la grossesse.
L'alcool passe directement du sang maternel vers le sang du fœtus à travers le placenta. Les effets toxiques de l'alcool seront ainsi plus élevés chez le fœtus à cause de sa masse légère et de son foie pas encore fonctionnel, voire pas encore formé, et donc incapable d'éliminer l'alcool correctement.
- LE CERVEAU
Le volume du cerveau peut rétrécir jusqu'à 15 % quand on consomme de l'alcool avec excès pendant des années.
L'alcool est la cause de nombreuses encéphalopathies (maladies du système nerveux central) :
La maladie de Marchiafava-Bignami, qui se caractérise par la nécrose et l'atrophie du corps calleux (partie entre les deux hémisphères du cerveau). Le malade est dans un état de démence, il perd une partie de ses capacités cognitives et motrices. Il n'existe aucun traitement.
La pellagre, liée à la carence en niacine (vitamine B3 autrefois appelée vitamine PP pour Pellagra Preventive), est une maladie rare qui se retrouve le plus souvent dans les pays pauvres ou chez les consommateurs excessifs chroniques. Elle provoque des lésions cutanées (peau sèche à l'aspect craquelée), une diarrhée chronique et une démence. La pellagre se traite avec un apport en vitamine B3.

La maladie de Wernicke, qui résulte d'une carence en thiamine (vitamine B1 nécessaire au bon fonctionnement du système nerveux). Elle provoque chez le malade des troubles oculomoteurs (nystagmus) ou une paralysie oculomotrice (ophtalmoplégie), un manque de coordinations (ataxie) et une confusion. Un rétablissement est possible avec un traitement à base de vitamine B1, sinon la maladie évolue vers un syndrome de Korsakoff voire vers le coma et la mort.
Le syndrome de Korsakoff, survenant dans plus de 80% des cas après l'encéphalopathie de Wernicke, résulte également d'une carence en vitamine B1. Le malade présente des troubles cognitifs comme des pertes de mémoire (amnésie), des fabulations (inventions d'une réalité qui est imaginaire), une désorientation temporo-spatiale et une modification de l'humeur (apathie). Ces conséquences sont irréversibles, il n'y a donc pas de traitements, un suivi psychologique est la seule solution.
Pour résumer cette partie, un article en anglais a été traduit.